(N°24) Par Jacques RIVET –

Nous avons vu dans l’article paru le mois dernier qu’une définition du contemporain plus réfléchie que celles habituellement en vigueur pouvait laisser entrevoir des pistes à exploiter pour les problèmes politiques actuels. Mais comment ? Nous allons ici revenir plus en détail sur cette question en étudiant la politicité de cette nouvelle définition, en revenant sur le rôle des arts et de la culture, sur la façon dont Entre-deux travaille (association nantaise engagée dans la production et la diffusion de l’art public contemporain) et en réfléchissant à cette question du territoire d’action qui faisait l’objet de la conclusion du texte du mois dernier.

Dissensus

Parler de l’art contemporain comme d’« un art appuyé sur une sensibilité au différend » n’est pas neutre car cela positionne l’art comme générateur de discussions pour et contre le sens commun en vigueur et non plus comme une relation entre des spectateurs et un (ou plusieurs) objet(s). Cet art contemporain là se fiche de son aura, il aime en revanche obliger les spectatrices et les spectateurs à œuvrer entre-eux (ce qui, chacun·e en conviendra sûrement, va bien au delà de la simple mise en relation).

Démocratie

Pour bien comprendre quel intérêt cela a de défendre ce genre d’œuvres, il nous paraît important de revenir sur ce que le mot démocratie veut vraiment dire : elle est “le gouvernement de n’importe qui“ (1) ; son essence est le tirage au sort. Un véritable scandale pour tous ceux qui considèrent que le pouvoir leur revient “naturellement“. Le gouvernement de n’importe qui n’a bien sûr jamais véritablement existé : c’est un idéal. Un même pays peut, au cours de son histoire, s’en rapprocher ou au contraire s’en éloigner. « Mais, en France, nous sommes en démocratie aujourd’hui ! » pourrait-on s’exclamer. Hélas non. Jacques Rancière précise dans La Haine de la démocratie les conditions pour qu’un régime représentatif puisse être qualifié de démocratique ; on en est encore bien loin. D’ailleurs, comme il le dit, la démocratie n’est pas une forme d’État mais une forme égalitaire et une activité contrariante pour l’oligarchie au pouvoir. (2)

Dans ce cas, quel pourrait bien être le véritable rôle de la culture ?

Selon Christian Ruby, la culture « consiste en des exercices de formation des femmes et des hommes à la capacité à demeurer debout en toutes circonstances, et en un déploiement des règles de l’existence multipliant le refus des assignations dans un échange et une solidarité potentiels avec les autres, dans leur proximité et leur altérité. La culture fabrique ainsi des compétences destinées à aider les humains à construire des trajectoires durant lesquelles les existences peuvent s’amplifier et non se soumettre ou se disloquer, notamment devant la nécessité de vivre humainement l’échec, la souffrance, la vieillesse et la mort. La culture relève alors d’une tâche infinie. » (3)

Le moins que l’on puisse dire est que les arts et la culture ne remplissent pas ce rôle aujourd’hui. Il y aurait besoin d’un renversement de la façon de les penser. À la page 26 de L’art impossible, Geoffroy de Lagasnerie écrit : « À bien des égards, ce que Bourdieu appelle parfois l’« autonomie », c’est à dire la conception d’un travail esthétique en référence à des valeurs esthétiques représente une attitude qui autorise une dénégation psychique de la situation d’engagement, mais elle ne change rien à sa réalité concrète : il ne faut pas penser l’art à travers la distinction entre un art esthétique et un art politique, et il faut substituer à cette opposition la distinction oppositionnel/collaborateur. » (4). On aura bien sûr compris qu’il faut entendre cette distinction au sens de s’opposer ou de collaborer au sens commun en vigueur.

Olivier Garraud, interprétation de « Bas les masques », 2020
Olivier Garraud, interprétation de « Bas les masques », 2020

Le problème de l’esthétique

Et clairement, une œuvre esthétique est collaboratrice aujourd’hui. L’esthétique en effet, si elle a contribué à nous sortir du système féodal à compter du milieu de XVIIIe siècle en valorisant la sensibilité, en développant public et spectateurs à la place du public de prêche, en dénouant les liens de clans au profit de liens communs, etc., elle a pourtant échoué à nous rapprocher suffisamment de l’idéal démocratique précédemment décrit. Elle a échoué car elle a créé de nouvelles séparations : les spectatrices et spectateurs ne sont pas considérés comme étant tous cultivés, certains sont même dits incultes, tout juste bons à remplir les stades. Les citoyennes et les citoyens subissent également ce type de préjugés si leur culture politique est jugée faible. Dénouer art et esthétique est donc essentiel pour sortir de ces divisions et aller vers un autre type d’émancipation que celles qui se sont succédé depuis le siècle des Lumières.

Quelle émancipation ? (5)

Ce n’est jamais l’œuvre qui émancipe mais chacune et chacun qui s’émancipe de sa soi-disant incapacité à penser et transformer le (son) monde. Les œuvres ne sont que des vecteurs d’émancipation et c’est déjà énorme ! Il n’est donc pas question de sacraliser ni les œuvres d’art ni les artistes. A la fin d’un excellent texte paru dans Médiapart le 15 janvier dernier, les auteurs avertissent : « Quoi qu’il en soit, attendre la fin de la pandémie en pensant que tout recommencera comme avant risque fort d’être illusoire. C’est sans doute à la seule condition d’une culture à la fois plus modeste – au sens où elle n’est ni la responsable ni la solution des maux de la société – et plus ambitieuse – au sens où elle ne peut se contenter de postuler son unité, son utilité ou son universalité sans la mettre à l’épreuve – qu’elle pourra donner à voir sa nécessité sociale et vitale. » (6) Oui, comment mettre à l’épreuve l’utilité de la culture au moins en terme démocratique ? Comment peut-elle nous aider à contrarier l’oligarchie au pouvoir pour au moins arriver à établir, non plus un sens commun mais un sens pluriel à faire et toujours à re-faire ? Ou, pour le dire autrement, comment s’appuyer sur les arts et la culture pour passer d’un réel statique à un réel dynamique ?

Entre-deux

En 1996, est créée l’association Entre-deux, qui se définit aujourd’hui comme une structure de recherche engagée dans la production et la diffusion de l’art public contemporain. Que signifie « art public contemporain » ? Parler d’art public est un raccourci car l’art public, au sens strict, est un art financé par des fonds publics. Or une association, même loi 1901, est de statut privé. Art public est donc un raccourci pour « mise en public » de l’art. Là est bien, dès l’origine de l’association, la destination donnée aux œuvres relayées : non pas disposer d’un lieu pour inviter des artistes à y accrocher des œuvres d’art, puis lancer la communication pour qu’un public vienne voir l’exposition ainsi proposée mais bel et bien mettre des œuvres d’art là où le public se trouve déjà : dans des places, des rues, des jardins publics, des écoles, des hôpitaux, etc. (7) Le lieu dont dispose Entre-deux et qui n’est autre que le domicile des fondatrice/teur et codirectrice/teur Marie-Laure Viale et Jacques Rivet, lieu aménagé spécialement par Avignon-Clouet architectes, sert d’appui à des projets déployés à l’extérieur (avec de nombreux livres, catalogues et archives de l’association, et des expositions, oui, mais qui documentent ce qui se passe à l’extérieur), d’où son nom : base d’Appui.

TOOL BOX, vue de l’exposition à la base d’Appui d’Entre-deux, Nantes, 2008
TOOL BOX, vue de l’exposition à la base d’Appui d’Entre-deux, Nantes, 2008

Quels critères pour les projets à Entre-deux ?

Dans le premier texte, nous avons largement insisté sur l’importance des œuvres susceptibles de révéler et/ou de permettre de s’exercer à déplacer le partage du sensible en vigueur, en donnant de nombreux exemples dans les notes, nous n’y revenons donc pas ici. Nous allons plutôt insister sur un point tout aussi essentiel à nos yeux : la présence dans les lieux publics d’œuvres d’art capables d’augmenter la puissance d’agir de chacune et chacun ; de libérer les énergies ; de mettre en confiance. Essentiel tout simplement parce que trop de timides, ou de personnes qui ne se sentent pas autorisées à parler car dominées, peuvent avoir de choses importantes à dire et ne le font pas !

Quelques exemples

En 2008, nous avons développé (avec Ghislain-Mollet Viéville et Christian Ruby comme commissaires d’exposition associés) un projet appelé TOOL BOX. Cette exposition prenait la forme de plus de 80 piles de feuilles au format A4 ; chaque pile était la reproduction en 800 exemplaires d’une description textuelle d’œuvre d’art (une sorte de mode d’emploi) à réaliser par les visiteurs de l’exposition dans le lieu public de leur choix (ce choix était parfois contraint par les spécificités d’un mode d’emploi donné). A l’entrée de l’exposition, des boîtes permettaient de recueillir les modes d’emploi à emporter et à réaliser dans des lieux publics. Du moment que la boîte était remplie par la visiteuse ou le visiteur, elle était gratuite. Les modes d’emplois d’œuvres provenaient d’artistes célèbres (Vito Acconci, Tania Mouraud, François Morellet, Marilène Negro, Lawrence Weiner, etc.) ou moins célèbres (Aav, Sandrine Fallet, Yoko Hata, Fabrice Reymond, Marie Taeuber, etc.). Les visiteurs/ses ont surtout réalisé les modes d’emploi de performances. Ces dernières ne nécessitaient que peu de matériaux à mobiliser ; sans doute la concrétisation immédiate de la puissance potentielle souvent déniée au spect-acteur dont la notice insérée dans chaque TOOL BOX parlait.

Pour cette raison, le projet « Je peux le faire ! » entamé en 2016, s’est concentré sur les performances. Dans ce projet, la question de la puissance d’agir est première : “Interpréter les partitions de « Je peux le faire ! » demande une certaine audace qui peut vous servir de rebond dans votre parcours. Si vous avez pu en réaliser une (et a fortiori plusieurs), vous pourrez le faire dans d’autres circonstances ! C’est là l’objectif principal.“ peut-on lire dans la partie « informations » du site consacré à ce projet. (8)

Olivier Garraud, interprétation de « Bas les masques », 2020
Olivier Garraud, interprétation de « Bas les masques », 2020

Le choix des partitions de performance obéit également à une certaine progressivité : “Nous avons aussi tenu compte des différences de personnalité : même si vous êtes timide, vous pouvez trouver sur ce site quelque chose qui vous convienne !“. Avancer vers le gouvernement de n’importe qui suppose d’encourager quiconque à oser s’exprimer. Nous savons bien que les œuvres sous forme de descriptions textuelles sont très nombreuses, ce projet n’en réunit qu’une partie infime. Mais se demander sous quelle forme les développer pour donner envie de les interpréter est tout sauf inutile. Surtout si ce sont les interprétations courageuses qui sont favorisées, celles provenant de partitions que la personne concernée n’est pas du tout sûre de pouvoir réaliser car c’est ainsi qu’elle augmentera réellement son pouvoir d’agir.

Les œuvres immatérielles font l’objet d’une attention particulière à Entre-deux. Mais nous n’avons pour autant pas négligé les œuvres matérielles, même des œuvres monumentales ! Pour parler cette fois d’une réalisation faite par d’autres que nous : Twisted lamppost star de Mark Handforth, œuvre déjà mentionnée dans le texte du mois dernier. Avec cette œuvre, on est parfaitement dans la définition de la culture donnée plus haut, en particulier la question du refus des assignations. Ce réverbère peint en fuchsia, plus grand que les autres, s’autorise à ne vraiment pas être droit et surtout se fiche de remplir le rôle attribué à tous ses congénères : éclairer ! Il s’allume la nuit en même temps que les autres mais c’est surtout pour se rendre encore plus visible lui-même. Mark Handforth précise d’ailleurs dans une interview : « être un objet fonctionnel au milieu d’un rond-point, c’est être invisible, et je pense que cette pièce essaie de se battre contre cette invisibilité et de défendre la légitimité de son existence, exactement comme nous tous. » (9)

Le problème de l’éparpillement

Proposer des œuvres susceptibles de servir d’appui à chacune et chacun pour s’émanciper d’une soi-disant incapacité à penser et transformer le (son) monde est une chose. Ne pas se préoccuper de leur portée réelle sur la vie des personnes qui les croisent voire vivent avec en est une autre. Il y a bien sûr la question de la médiation de ces œuvres qui est tout à fait essentielle et devra être traitée ultérieurement. Mais nous allons pour l’instant plutôt nous intéresser à la question de la nécessaire concentration des œuvres d’art oppositionnel (pour reprendre le terme utilisé par Geoffroy de Lagasnerie).

La critique principale de 25 ans d’activité avec Entre-deux à Nantes et dans la région des Pays de la Loire est justement celle de l’éparpillement des œuvres produites. Un éparpillement dans l’espace et le temps qui dilue leur capacité à émanciper au sens donné plus haut à ce terme. Il serait temps aujourd’hui de convaincre des élu·e·s de concentrer sur un territoire de moins de 5000 habitants, sous forme d’expérimentation dans un premier temps, une culture qui encourage et exerce chacune et chacun à prendre part à des décisions discutées et consenties.

Olivier Garraud, interprétation de « Bas les masques », 2020
Olivier Garraud, interprétation de « Bas les masques », 2020

Homotopie

Utopie ? Hétérotopie ? Non, homotopie. Selon Mickaël Labbé, spécialiste d’architecture, maitre de conférence en esthétique et philosophie de l’art à l’université de Strasbourg : « Plutôt que la recherche d’hétérotopie, défendre les homotopies : ces espaces banals, ordinaires, bancals et pas très excitants qui sont les nôtres au quotidien. Mais qui possèdent un avantage insigne sur toutes les hétérotopies imaginables : nous y sommes déjà, effectivement et réellement. Ils sont nos espaces. Des espaces nôtres. » (10) Juste avant cet extrait l’auteur s’interrogeait : « Où irons nous si ce n’est dans nos villes ? Que ferons nous de ces espaces qui sont la forme même de notre vie ? Abandonnerons nous ces tonnes de béton, de pierre et d’asphalte pour recréer des communautés dans la « nature » ? Mais où est encore cette supposée nature ? Comment penser un seul instant que, dans les ruines du capitalisme, nous mènerons des existences égalitaires en construisant des vies sublimes et précaires ? ». (11) Non, restons dans nos villes, même si : « On coexiste tant bien que mal. Plutôt bien pour certains, plutôt mal pour tous ceux qui sont exclus de toute forme d’accès à la centralité urbaine ou relégués dans des ensembles architecturaux vétustes ou surpeuplés. C’est là l’antithèse absolue de ce que représente aujourd’hui encore l’expérience urbaine authentique, le sens même de ce que peut signifier « vivre en ville » : la possibilité d’une confrontation avec la diversité des manières de vivre, une forme d’aventure dans l’invention de soi, une déliaison des assignations à résidence identitaire, la nécessité d’avoir à exister tant bien que mal avec d’autres que soi, l’accession à une pluralité des possibles à la fois choisis et subis. Habiter en ville, c’est avoir à cohabiter. Et c’est dans la ville et par la ville que nous apprenons cela. Pour cohabiter, nous devons apprendre à partager un lieu commun avec ceux qui ne sont pas comme nous, à nous confronter à un ensemble de différence qui parfois nous incommodent : âges, nationalités, langues, milieux sociaux etc. » Françoise Vergès, sur un tout autre point que l’architecture puiqu’elle traite de la politique de protection, tire à peu près la même conclusion que Mickaël Labbé : « La violence que l’architecture des villes normalise, naturalise, ne peut être abolie par une recrudescence de la police militarisée et de la surveillance. La ville doit être réappropriée par celles et ceux qui en ont été historiquement exclu·es pour en faire des villes bourgeoises, hostiles et inhospitalières. » (12) Mais comment faire si rien ne nous oblige à nous confronter civiquement aux autres, ou si l’éparpillement en la matière, prévaut ?

Aïda Lorrain, interprétation de « Phéromones », projet « Je peux le faire ! » sur le site www.lieuxpublics.org, 2020
Aïda Lorrain, interprétation de « Phéromones », projet « Je peux le faire ! » sur le site www.lieuxpublics.org, 2020

Là où le premier insiste sur l’architecture : « Les initiatives habitantes du droit à la ville ont un besoin crucial du concours des architectes. Le droit à la ville exprime un profond désir d’architecture, il fait signe vers un authentique droit à l’architecture. ». La seconde porte un féminisme décolonial car « l’esclavage colonial est la matrice des binarismes qui fondent la domination entre genres et à l’intérieur d’un genre .» (13) Ils ont tous les deux raison mais la nécessité de concentrer du contemporain dans tous les interstices de la vie leur est parfaitement complémentaire. Composons des équipes pluridisciplinaires regroupant des artistes, des architectes et des féministes décoloniales (ou intersectionnelles) pour proposer les meilleurs vecteurs d’émancipation. Mais ne soyons pas naïfs, ce contemporain là aura besoin de fine stratégie pour réellement s’implanter localement. Laissons Geoffroy de Lagasnerie conclure : « Et je dirais donc aux artistes éthiques, à celles et ceux qui ne souhaitent pas renoncer à l’art impossible, qui veulent encore tenter de faire exister dans le champ de l’esthétique des pratiques émancipatrices, qui ont le désir d’inventer un art oppositionnel : ne cherchez pas la cohérence logique mais la cohérence tactique (14), soyez cyniques ; utilisez les pouvoirs pour transformer et faire vivre des œuvres qui pourront réellement, et pas de façon imaginaire et proclamatrice, changer quelque chose pour quelqu’un quelque part. » (15)

  1. Bernard Manin, dans Principes du gouvernement représentatif, Paris Éd. Flammarion, coll. Champs essais, 1996, p. 28 et 29 parle de l’expression grecque « ho boulemenos » qu’il propose de traduire par « le premier venu ». C’est Jacques Rancière qui proposera « le gouvernement de n’importe qui » dans son livre : La haine de la démocratie. Voir la note suivante.
  2. « Que voulons nous dire au juste quand nous disons vivre dans des démocraties ? Strictement entendue, la démocratie n’est pas une forme d’État. Elle est toujours en deçà et au delà de ces formes. En deçà comme le fondement égalitaire nécessaire et nécessairement oublié de l’État oligarchique. Au delà comme l’activité publique qui contrarie la tendance de tout État à accaparer la sphère commune et à la dépolitiser. Tout État est oligarchique. Le théoricien de l’opposition entre démocratie et totalitarisme en convient volontiers [NDLR : Raymond Aron] : « on ne peut pas concevoir de régime qui, en un sens, ne soit pas oligarchique. » Mais l’oligarchie donne à la démocratie plus ou moins de place, elle est plus ou moins mordue par son activité. En ce sens, les formes constitutionnelles et les pratiques des gouvernements oligarchiques peuvent être plus ou moins démocratiques. On prend habituellement l’existence d’un système représentatif comme le critère pertinent de la démocratie. Mais ce système est lui-même un compromis instable, une résultante de forces contraires. Il tend vers la démocratie dans la mesure où il se rapproche du gouvernement de n’importe qui. De ce point de vue, on peut énumérer les règles définissant le minimum permettant à un système représentatif de se déclarer démocratique : mandats électoraux courts, non cumulables, non renouvelables ; monopole des représentants du peuple sur l’élaboration de la loi ; interdiction aux fonctionnaires de l’État d’être représentants du peuple ; réduction au minimum des campagnes et des dépenses de campagnes et contrôle de l’ingérence économique dans les processus électoraux. »
    Jacques Rancière, La Haine de la démocratie, Paris Éd. La Fabrique, 2005, p. 79 et 80.
  3. Christian Ruby, Abécédaire des arts et de la culture, Toulouse : Ed. de l’attribut, 2015, p. 64
  4. Geoffroy de Lagasnerie : L’art impossible, Paris : Ed. PUF, Coll. Des mots, 2020, p. 26
  5. Christian Ruby. L’émancipée / L’émancipé ! Mais quelle émancipation ?. In: Raison présente, n°185, 1er trimestre 2013. Émancipation plurielles. pp. 69-76;
  6. Médiapart, La culture: ni utile, ni futile 15 janvier 2021 par Joseph Confavreux et Romaric Godin
  7. Liste bien sûr non exhaustive, le nom donné à l’association étant un clin d’œil aux interstices d’une ville soit les lieux laissés vacants ou les activités comme le troc par exemple, il y a une infinité d’autres lieux à imaginer et beaucoup de pratiques particulières à révéler.
  8. Ce projet se trouve sur le site internet : www.lieuxpublics.org
  9. Entre les lignes, le parcours artistique du tramway parisien, Paris : Ed. Mairie de Paris, 2016, p.175
  10. Michaël Labbé, Reprendre place, Contre l’architecture du mépris, Paris : Ed. Payot, 2019 p. 146 et 147
  11. Michaël Labbé, op. cit. p. 137
  12. Françoise Vergès, Une théorie féministe de la violence, Pour une politique antiraciste de la protection, Paris : Ed. La Fabrique, 2020, p.89
  13. Françoise Vergès, op. cit., p. 140
  14. Sur la cohérence tactique et pour changer des manuels souvent très genrés, citons deux livres écrits par des femmes : Irène Pereira, Peut-on être radical et pragmatique ?, Paris : Éditions textuel, 2009 et Adeline de Lépinay, Organisons nous ! Manuel critique, Marseille : Éditions Hors d’atteinte, 2019.
  15. Geoffroy de Lagasnerie, op. cit., p. 73

Photo du numéro 24 et de l’article : Olivier Garraud, interprétation de « Bas les masques »,  projet « Je peux le faire ! » sur le site www.lieuxpublics.org, 2020

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